Des élèves de 4ème au coeur de la Révolution française

Maître Peigné a vécu les bases d’une France nouvelle (1789-1790)

Mercredi 7 octobre 1789, faubourg Saint-Antoine (Paris)

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Désolé de ne pas vous avoir écrit plus tôt, mais j’étais très occupé en cette fin d’année 1789. Faut dire que j’ai diversifié mon activité ces temps-ci. Depuis qu’on a obtenu la liberté de la presse, nous autres imprimeurs, on a du boulot par-dessus tête ! Remarquez, je sélectionne, je choisis, on n’en a bien le droit maintenant ! L’autre jour, deux beaux marquis qui se ramènent à l’atelier avec leurs grands airs de cour. L’odeur du cambouis et des encres avait l’air des les incommoder. Sans retirer le mouchoir qu’il s’était mis sous le pif, l’un d’eux me dit : «  dis donc, mon brave, j’aurais besoin que tu m’imprimes 5000 exemplaires d’un livre très rapidement ». Le sang m’est doublement monté à la caboche quand j’ai vu qu’il voulait que je lui imprime les Mémoires pour servir à l’éducation du Dauphin de Bossuet. Je lui ai répondu du tac-au-tac : « Monsieur, vous feriez mieux de revoir vos airs supérieurs. N’avez-vous pas lu la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen ? Je suis tout autant votre égal que vous-même. Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droit, ça ne vous dit rien ? Faudrait peut-être penser à changer vos habitudes. C’en est fini de vos privilèges : je suis citoyen comme vous, vous payez des impôts comme moi. Alors vous seriez bien aimable de me dire vous; on n’a pas gardé les cochons ensemble ! Et puis vos foutaises d’ancien régime, vous pouvez vous les faire imprimer ailleurs ! Ici, on lit et on imprime l’Ami du Peuple du citoyen Marat. Tenez, en voilà un exemplaire ! » Je lui en ai collé un exemplaire pas encore sec sur son beau costume en soie et l’ai bien gentiment fichu à la porte !

Ça m’a sacrément fait du bien ce coup de sang. Dire que si j’avais fait ça six mois plus tôt, on m’aurait collé au cachot. Tout a tellement changé et ce n’est pas pour me déplaire. Que le roi, ses nobles et ses évêques soient remis à leur place, ce n’est que justice pour nous autres du Peuple. Et puis, les affaires tournent bien. Avec tous ces journaux révolutionnaires à imprimer, j’ai pu m’offrir un morceau du couvent des Carmes déchaussés du faubourg Saint-Jacques. Je n’ai fait que racheter ce que ces corbeaux m’avaient volé depuis des années avec leur dîme. Tout ça, ça me met en joie. Et même, mon Henri m’apparaît bien plus sympathique depuis qu’il va écouter Danton et Robespierre au club des Cordeliers. Pour sûr, ça ne le rend pas plus bosseur, mais au moins, ça déniaise sa conversation ! Ici, on ne cause plus que de libertés et de droits.

Je vous laisse car Marat va attendre la livraison de son journal. Il ne faudrait pas que les citoyens s’impatientent. Hier, les femmes parisiennes, en colère à cause des prix qui montent, sont allées ramener le Boulanger (Louis XVI), la Boulangère (l’Autrichienne) et le p’tit mitron (le Dauphin) à Paris aux Tuileries. Un roi qui cède devant des matrones ! Voilà encore de bien bonnes nouvelles à imprimer.

À bientôt,

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