Des élèves de 4ème au coeur de la Révolution française

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Le Comité révolutionnaire de ma commune m’a interrogée

J’étais dans mon château au bord de la Loire en octobre 1793. Le 23 octobre, j’étais dans mon petit salon à lire L’Avare de Molière. Ma seule fidèle domestique, tout affolée, m’annonça que le Comité de sureté générale était chez moi et m’attendait dans mon grand salon. Je pris peur, je commençai à me dire :  » C’est la fin pour moi, que vont-ils me faire ?… » J’avais peur depuis longtemps et je savais que cela allait arriver un jour.  Depuis le 17 septembre où la loi des Suspects avait été votée je me cachais un peu plus : je ne sortais qu’en cas de nécessité. Avant de retrouver ces individus je courus avec mon mari et mes filles dans mes appartements où j’avais cousu des vêtements de sans-culottes. Nous nous changeâmes et, rassurée par mon mari, nous retrouvâmes ces inconnus et nous les suivîmes.

Nous arrivâmes devant un bâtiment lugubre et sale : le comité révolutionnaire. A l’intérieur, il était difficile de marcher sans trébucher sur une bouteille vide ou des liasses de papiers : c’était le désordre complet. Il y avait douze menbres, tous la pipe à la bouche. Mes pauvres filles qui respiraient cette fumée à leur âge. Ils portaient tous cet affreux bonnet phrygien. Je reconnaissais des personnes que j’avais vues dans le passé au village à qui je n’avais jamais adressé la parole de peur d’aller en enfer. C’était ce que j’avais imaginé, ces révolutionnaires sont vraiment des rustres !

On m’interrogea dans un bruit insuportable. On nous demanda d’abord si nous aurions voulu voter la mort du roi. Malheureusement mon mari a été obligé de mentir : il repondit qu’il aurait vraiment voulu voter sa mort. J’espère que Dieu va le lui pardonner. Ensuite ces individus ont demandé à mon mari s’il était révolutionnaire. Mon mari a répondu qu’il aurait vraiment voulu faire parti du club des Jacobins. Après ils m’ont demandé à moi si j’étais pour le roi ou pour Robespierre. Je ne savais quoi répondre. Je ne pouvais dire que je voulais une monarchie absolue, ils m’auraient guillotinée. Alors je ne pus faire autrement que de mentir. J’ai répondu :  » Je suis entièrement pour Robespierre, il faut abattre tous ces royalistes qui veulent la mort de la nouvelle France. » Je m’en voulais énormément. Enfin ces hommes nous ont demandé comment cela se faisait qu’avant nous étions des nobles et que maintenant nous voulions la mort du roi. Nous repondîmes que nous étions avec le roi avant mais que finalement nous trouvions que la révolution était une très bonne chose. Après avoir discuté entre eux ils nous relâchèrent et nous rentrâmes dans notre château. J’étais heureuse d’avoir échappé à la guillotine. Maintenant je n’ai plus qu’à prier pour me faire pardonner par Dieu.

Intérieur d’un Comité révolutionnaire sous la Terreur 1793-1794 Eau-forte de C.N. Malapeau

Sources : l’Histoire par l’Image (Un Comité révolutionnaire sous la Terreur)

Sophie de Maradelle

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