Des élèves de 4ème au coeur de la Révolution française

Maître Peigné a vécu …

Maître Peigné sort de prison et découvre la France de Napoléon

Faubourg Saint-Antoine, le 20 avril 1805

Liberté, liberté chérie, enfin je te retrouve !

Vous vous étonniez peut-être de mon silence depuis plus de 10 ans, mais difficile d’écrire un article de la prison où l’on m’avait enfermé. Après l’arrestation de Robespierre, j’ai eu quelques ennuis avec la « justice ». J’utilise des guillemets car peut-on qualifier de « justice » une institution qui bafoue la liberté d’expression. On m’a accusé d’incitation au meurtre et à la révolte. Ces bourgeois qui ont repris le pays en main pendant le Directoire n’ont semble-t-il pas trop apprécié mon hommage à Jean-Paul Marat. C’est vrai que j’y suis allé un peu fort, mais que voulez-vous, emporté par la ferveur de la Révolution …

Au moins j’ai pris l’air ! Dix ans de cachot au Mont-Saint-Michel ! Moi qu’étais favorable à la nationalisation des biens du clergé, je dois dire que je me serais bien passé du fait qu’on ait transformé ces monastères morbides en prison. Glacial ! Passer son temps à tisser des paniers en osier, c’était pas trop mon truc.

Me voilà donc de retour dans la capitale. Mon Henri m’est apparu tout transformé. Il a dû faire tourner l’imprimerie tout seul pendant ces longues années. Il a vu ce que c’était ! Je crois que pour lui ça n’a pas été facile. J’ai la faiblesse de penser qu’il m’aime bien. Il a ainsi refuser d’éditer des tracts à la gloire de ce Bonaparte : ça lui aurait rapporté gros, mais il savait que jamais de mon vivant je n’aurais accepté cela.

Car je dois vous dire que ça ne fait que quelques jours que je respire à nouveau à plein poumon l’odeur de Paris, mais je n’ai pas mis longtemps à renifler la puanteur qui prétend gouverner la France ces temps-ci. Qui c’est ce petit Corse de Napoléon qui joue les empereurs d’opérette ? La guerre, la censure, l’espionnage : je ne me souviens pas que ces « jolies » valeurs soient inscrites dans la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen … A moins que ces dix piges passées au gnouf m’aient troué le ciboulot !

Je sens que je vais reprendre du service et que toute personne qui aura besoin d’un petit coup de mains pour critiquer Napoléon trouvera à l’imprimerie un bout de papier et quelques gouttes d’encre pour diffuser son message. Ils n’auront jamais notre liberté de pensée et de nous exprimer !

Citoyens, ne lâchez rien !

Maître Peigné


Maître Peigné a vécu « 1792-1794 : la Ière République et la Terreur »

La mort de Marat, par JL David (1793)

Mercredi 17 juillet 1793, faubourg Saint-Antoine (Paris)

Le soleil brille dans tout Paris et pourtant mon cœur est bien sombre en cette journée de juillet. Hier, j’ai suivi l’immense cortège qui accompagnait le corps de Marat jusqu’à sa dernière demeure, à l’ancien couvent des Cordeliers. Nous étions des dizaines de milliers de citoyens à dire adieu à celui qui nous défendait si bien dans son journal l’Ami du Peuple. Mon collègue, mon ami, Jean-Paul Marat, cette traîtresse de Charlotte Corday l’a sauvagement assassiné alors qu’il prenait un bain pour soigner l’horrible maladie de peau qui le rongeait ces derniers mois. Une noble, une amie des Girondins !

À qui peut-on faire confiance de nos jours ? Ces Girondins que l’on croyait défendre la République, ils l’ont mise en danger en n’acceptant pas les seules mesures qui la sauveraient : semer la Terreur parmi tous les ennemis de la Nation. Certains vont me dire que je deviens violent, mais peut-il en être autrement quand on voit comme la Révolution est menacée ? Le roi a été sanctionné comme il le méritait, or les révoltes des Chouans se multiplient dans l’ouest du pays. Tous les pays d’Europe nous font la guerre. Que craignent-ils ? Que leurs peuples aussi veuillent goûter à la liberté ?

Heureusement qu’il y avait des hommes comme Marat pour défendre la République : il avait vu juste en réclamant l’arrestation des traîtres qui menacent le pays. J’espère et j’exige en mémoire de ce grand homme que les Montagnards qui dominent l’Assemblée poursuivent sa politique. Les tribunaux révolutionnaires doivent travailler à arrêter les ennemis de la France, pas les amis de la République. Au nom du peuple français, ils doivent venger Marat ! Allez Danton ! Allez Robespierre ! Faites chauffer la guillotine !

Je retourne de ce pas à mon imprimerie pour rédiger un texte en l’honneur de notre frère, Marat. J’ai appris que son ami, le peintre et député Jacques-Louis David lui consacrait une de ses œuvres. Aux grands hommes la patrie doit être reconnaissante …

Mes amitiés révolutionnaires,

Maître Peigné

PS : Je soupçonne mon ouvrier Henri de ne pas être un si bon républicain que cela. Hier je l’ai vu quitter les obsèques de Marat pour compter fleurette à une blondinette pas bien farouche. J’irais bien en toucher un mot au Comité de Surveillance Révolutionnaire du quartier … Mais que deviendrait la boutique ? J’ai pas passé cinq ans à le former (et croyez-moi, c’était pas gagné …) pour rien, quand même !


Maître Peigné a vécu « 1790-1792 : l’échec d’une monarchie parlementaire »

faubourg Saint-Antoine (Paris), le 10 août 1792 au matin

Ah le traître ! Ah le fichu traître ! Voilà trois ans qu’il tente de nous rouler dans la farine. De qui je parle ? Mais du « Boulanger », bien sûr. Louis XVI en personne. « Roi des Français » qu’on l’appelle depuis la Constitution de 1791. Voyez ce qu’il en fait de son peuple : il le livre aux Autrichiens et aux Prussiens. Quelle horreur lorsque l’autre semaine, j’ai découvert sur les murs de la capitale l’horrible message du Duc de Brunswick, chef des armées prussiennes. Selon lui, le roi serait comme qui dirait « prisonnier de son peuple ». Qu’est-ce qu’il ne faut pas entendre ! Louis XVI, prisonnier d’un peuple qui ne l’a pas puni quand il a tenté de s’enfuir et qu’il a été arrêté à Varennes en juin 1791 ? Mais on croit rêver ! Mais c’est nous qui sommes prisonniers de ce roi. C’est nous qui devons nous libérer de la tyrannie !

Je le savais, je m’en doutais. Trois ans qu’il se payait notre tête à nous faire croire que nous étions unis et à nous diviser par derrière. Aujourd’hui, ils font moins les malins ceux qui s’embrassaient le 14 juillet 1790 sur le Champ de Mars, lors de la Fête de la Fédération ! Nous autres, ça faisait belle lurette qu’on n’y croyait pas à cette monarchie parlementaire. Un pays qui déclare les droits de l’homme et qui empêche la moitié de ses citoyens de voter, en mettant un  suffrage censitaire. Un beau marquis qui se dit l’ami des Français (et des Américains) et qui fait tirer sur la foule dès qu’elle réclame juste le droit de vote. Un roi qu’est censé appliquer les décisions de l’assemblée et qui sort son droit de veto à tout-va pour empêcher que les règles de ce fichu pays changent en notre faveur. Si c’était pas des signes qu’on allait déguster !

Je ne m’étais pas trompé quand, sur les conseils de mes amis du club des Cordeliers, j’avais fait imprimer l

Louis XVI représenté sous l'apparence du roi antique à deux têtes, Janus

a caricature de Louis XVI en roi Janus. Que je te caresse l’Assemblée dans le sens du poil d’un côté et que j’te caresse les Réfractaires et les Emigrés de l’autre ! Je ne sais pas si c’est son Autrichienne, Marie-Antoinette, qui lui a fait tourner la tête comme ça, mais cela ne peut plus durer !

Déjà la colère gronde parmi le petit peuple, les Sans-Culottes qu’ils s’appellent entre eux ! Et parmi ces gars-là (et même ces filles), j’peux vous dire qu’il n’y a pas que des tendres. J’ai beau pas être un violent, j’irais bien lui caresser les côtes au gros Louis et lui souffler un coup dans les bronches. Mon ami Marat, dans son journal l’Ami du Peuple, a appelé les citoyens à se rendre aux Tuileries pour montrer notre mécontentement. Si Henri ne traîne pas trop et garde la boutique, je crois bien que je vais me joindre à eux.

à bientôt,

Maître Peigné


Maître Peigné a vécu un été révolutionnaire

Jeudi 30 juillet 1789, faubourg Saint-Antoine (Paris)

Bon sang de bonsoir ! Cette satanée imprimante du futur qui m’a fait des siennes ces derniers temps. Je suis un brin bricolo’, mais quand j’ai regardé ce qu’elle avait dans le ventre … même Ariane n’y aurait pas retrouvé son chemin !

Ce n’était pourtant pas le moment qu’elle flanche la mécanique ! Il s’est passé tellement de choses ces mois-ci : je vous en touche deux mots.

Au mois de mai et juin, on savait pas très bien ce qui se tramait à Versailles. Faut dire que c’est loin de Paris et que les nouvelles du château ne nous parviennent pas tout de suite. Moi, je m’y intéressais quand même parce que mon ami Georges Danton, un brillant avocat, représentait le Tiers-Etat de Paris. Sa petite femme me donnait donc des nouvelles régulièrement.

Ça a été chaud dans les salles du palais. Paraît que le Tiers ne voulait pas en démordre de son vote par tête et que le Comte de Mirabeau, qu’est pourtant un noble, l’a défendu en disant « nous sommes ici par la volonté du peuple; nous n’en sortirons que par la force des baïonettes ! ». Bon sang de bon dieu ! L’en fallait du courage pour s’opposer ainsi au roi.

david_jeu_de_paume_esquisse_1790

David, le serment du jeu de Paume (esquisse, 1790)

Finalement le gros Louis XVI, il a point trop eu le choix et il a point trop eu le courage de résister au Tiers. Après que les députés aient prêtés serment dans la salle du Jeu de Paume, il a vite fait tranformé ses états généraux en Assemblée Nationale ! Vous vous rendez compte, une assemblée ! Comme en Angleterre, comme aux Etats-Unis ! C’en est fini de la monarchie absolue : maintenant ce sont des députés qui font les lois.

Enfin moi, j’étais sceptique. Le gros Louis, l’allait pas accepter tout ça sans se rebiffer. Surtout avec l’Autrichienne et toute sa cour ! J’avais bien raison. Voilà qu’autour de Paris, vers le 10 de juillet, arrivent toute une troupe de gardes suisses ! Sûrement pas pour jouer aux osselets qu’il viennent les gars. Le 13, je vais chez mon ami Camille Desmoulins, un autre avocat. Je dois vous dire que si j’en connais tout ce beau monde, c’est parce que j’ai imprimé quelques uns de leurs feuillets en faveur des libertés et même de la République … mais chut !

Camille, il était indigné et le voilà parti place royale à monter sur les tables et à crier à la foule que Louis XVI veut faire marche arrière et qu’il va faire massacrer tout ceux qui sont favorables à l’assemblée avec ses Suisses. Et qu’il harangue la foule : « Aux armes, aux armes, citoyens ». Nous voilà partis aux Invalides, à forcer les grilles des armureries, sans que les gardes n’interviennent. Puis comme il fallait de la poudre, le gros de la troupe a filé vers la Bastille. Moi, j’étais rentré : c’est toujours le même problème, si je pouvais faire confiance à Henri, je laisserais bien la boutique plus longtemps.

Je crois que j’ai raté un événement sacrément important ce 14 juillet : les Parisiens se sont emparés de la Bastille, la forteresse qui protégeait Paris. Les gardes nationaux se sont joints au peuple. Si même la troupe nous rejoint, je crois bien que c’est la révolution. Paraît même que dans les campagnes ça s’agite. Les paysans s’en prennent aux châteaux de leur seigneur !

Que de changements mes amis !

Mais il faut que je vous laisse car en ce moment, on ne chôme pas à l’imprimerie. On dirait que tous ceux qui cachaient leurs opinions veulent la publier depuis cet été. D’ailleurs, j’aimerais bien connaître la vôtre sur les évènements.

A bientôt,

Maître Peigné


Maître Peigné a vécu la révolution …

Maître Peigné, imprimeur à Paris en 1789

Jeudi 10 avril 1789, faubourg Saint-Antoine (Paris)

Bonjour,

Je me présente à vous. Je suis Maître Peigné, imprimeur de profession. Hier, j’ai eu la peur de ma vie ! J’étais dans mon atelier à préparer la réimpression du livre Qu’est-ce que le tiers état ?, de l’abbé Sieyès – un vrai succès ces temps-ci- , quand il m’est arrivé la chose la plus extraordinaire qu’il soit.

– Maître Peigné, levez donc un peu la tête de vos caractères de plomb,” que j’entends.

Ce n’était point la voix de mon arpète Henri. Lui, ce grand fainéant, il a plutôt le timbre des grelots de Notre-Dame secoués par un moine manchot ! Et puis, quel culot il aurait eu de s’adresser à son patron de la sorte ! C’est quand j’ai réalisé que la voix qui m’appelait venait de derrière moi que j’ai commencé à sentir que quelque chose clochait. Parce qu’il faut vous dire que dans mon dos, à part un mur, il n’y avait rien …

Un mirage ou un miracle ?!? Cette voix que je ne vois pas me dit que j’ai une mission à remplir !

Alors là, j’entends tout de suite les mauvaises langues: « Mouais. Pèr’ Peigné l’avait sûrement abusé d’la chopine ! ». Je dois vous dire qu’il était à peine 10 h du matin et que ce n’est point le clairet des vignes de Montmartre qui m’était alors monté à la caboche. Et je crois bien que j’aurais autant aimé être un lendemain de carnaval pour pas avoir à vous raconter cette histoire qu’est tout bonnement incroyable.

Bon sang de bon dieu ! Moi qu’avais bien lu mes philosophes des Lumières, j’en croyais pas mes oreilles ! Je dois dire que ces temps-ci, je commençais sacrément à douter de la Sainte Religion.  C’est vrai quoi : qu’il y ait un dieu et qu’il ait créé le monde, pourquoi pas ? Mais comme il n’y a qu’un monde, comment expliquer qu’ailleurs, ils n’aient pas le même dieu que nous et que, comme chez les Maharadja du Bengale, ils en ont plusieurs ?

Et puis toutes ces bondieuseries, ça me prend du temps et j’en perds mes deniers. Mon arpète Henri lui ne rate jamais une fête religieuse. C’est pas qu’il est plus croyant qu’un autre, mais dès qu’il peut profiter d’un jour férié celui-là … Et puis les lendemains de fête, c’est guère mieux : il est rarement en état de faire du bon travail. Enfin, encore faudrait-il qu’un jour dans sa vie il ait déjà fait un bon travail !

Mais, à ce moment-là, je dois vous dire que je n’étais pas en train de cogiter contre Henri et que j’en avais plutôt oublié tout mon Voltaire et tout mon Rousseau.

… Voilà la voix qui reprend de plus belle :  » Maître Peigné, les générations futures vous confient une mission. Vous allez être le témoin d’événements qui vont révolutionner la France et le monde. Nous vous faisons parvenir un ordinateur – en bref, une mini-imprimerie très puissante -. Vous y noterez des témoignages des gens de votre époque sur les événements qui vont se dérouler en France et en Europe entre cette année 1789 et 1815″

Pourquoi j’ai accepté ? Je n’en ai pas la moindre idée. Peut-être parce que je ne suis pas si idiot que ça. Je sais lire, écrire et compter … c’est quand même plus pratique quand on est imprimeur !

Et puis il faut bien reconnaître que je sens que le vent tourne ces temps-ci. On n’entend plus parler que des états généraux que la Roi a convoqué pour le printemps. Pour une fois que le gros Louis a pris une décision sans se laisser influencer par sa bonne femme. Je ne m’enflamme pas car j’ai bien peur que ces Messieurs n’acceptent pas le changement. Moi je ne serais pas contre un peu plus d’égalité dans ce bas-monde. Que les curés et les beaux messieurs dépensent davantage leurs richesse pour le peuple que pour leurs toilettes et leurs attirails !

Alors qi mon avis peut intéresser quelqu’un, pourquoi pas !